À six ans, un enfant sur quatre dort encore régulièrement avec sa mère. Les chiffres sont têtus, les habitudes familiales aussi. Oublier les injonctions et observer les réalités, voilà le vrai défi quand il s’agit de décider du bon moment pour que l’enfant prenne son envol nocturne.
Les premiers mois auprès des parents : pourquoi le cododo séduit tant
Le cododo, cette pratique qui consiste à faire dormir le bébé dans le lit parental, s’impose souvent dès la naissance. Pratique, cette proximité facilite les tétées nocturnes et rassure le nourrisson. Mais ce n’est pas tout : le cododo tisse un lien d’attachement solide, presque palpable, entre la mère et son enfant.
Ce que le cododo apporte durant les premiers mois
Voici ce que les parents mettent en avant lorsqu’ils choisissent le sommeil partagé :
- Accès facilité à l’allaitement la nuit, sans traverser toute la maison à tâtons.
- Un lien affectif renforcé, qui se construit au fil des nuits.
- Un apaisement réel pour l’enfant, qui pleure moins et s’endort plus vite.
Mais le cododo n’est pas sans limites. Le syndrome de mort inattendue du nourrisson (SMIN) s’invite souvent dans la discussion. Les recherches sont claires : le sommeil partagé peut augmenter ce risque, surtout si certaines règles de sécurité ne sont pas respectées.
La sécurité avant tout : les gestes à adopter
Certains gestes réduisent considérablement les dangers liés au cododo. À garder en tête si l’on souhaite poursuivre cette pratique :
- Proscrire oreillers et couvertures épaisses, véritables pièges pour les tout-petits.
- Éviter à tout prix le cododo sur un canapé ou un fauteuil : le risque d’étouffement grimpe en flèche.
- Ne jamais laisser un enfant dormir seul dans un lit d’adulte, même pour une sieste rapide.
En définitive, chaque parent doit évaluer de façon honnête les avantages et les limites du cododo avant de prendre une décision en connaissance de cause.
Quand l’enfant est-il prêt à dormir seul ?
Fixer l’âge auquel un enfant devrait dormir seul n’a rien d’une science exacte. Les repères varient, les familles aussi. Pourtant, une constante émerge : entre six mois et un an, la transition vers la chambre individuelle devient plus envisageable. Les risques de SMIN baissent nettement, les recommandations médicales évoluent dans le même sens. Les pédiatres et psychologues s’accordent à dire qu’introduire un début d’autonomie nocturne vers six mois, sans précipitation, peut aider l’enfant à apprivoiser ses nuits et à gérer ses réveils sans l’intervention systématique des parents.
Reconnaître les signaux : quand vient le moment de franchir le pas
Certains signes ne trompent pas. Voici ce qui peut indiquer que l’enfant est prêt à dormir seul :
- Curiosité accrue et volonté d’explorer son environnement.
- Réveils nocturnes plus fréquents, qui finissent par perturber le sommeil de toute la famille.
- L’enfant se retourne, se déplace, et le lit parental devient soudain moins sûr.
Héloïse Junier, psychologue et autrice de Le sommeil du jeune enfant (Dunod), insiste sur la transition en douceur : instaurer des rituels rassurants au coucher, créer une ambiance apaisante dans la chambre, et pourquoi pas, commencer par des siestes en solo avant de tenter la nuit complète. Changer d’habitude, c’est un cap à franchir pour l’enfant, mais aussi pour les parents. Patience et adaptation restent les maîtres-mots.
La transition vers le sommeil indépendant : des étapes concrètes
Pour que cette étape se passe sans heurts, mieux vaut y aller progressivement. Commencez par installer un rituel du coucher : une histoire, une berceuse, un dernier câlin. Ce rendez-vous du soir devient vite un repère rassurant. Ensuite, proposez à l’enfant de faire ses siestes dans son propre lit, en pleine journée. Ce test grandeur nature lui permet de prendre possession de son espace, sans la pression de la nuit.
- Laissez-lui un objet familier, doudou ou peluche, pour l’aider à s’approprier son lit.
- Une veilleuse douce limitera la peur de l’obscurité totale.
- Les premières nuits, restez à proximité : une présence discrète suffit souvent à rassurer.
Héloïse Junier recommande de rassurer l’enfant, verbalement ou par un geste, autant de fois que nécessaire. L’enjeu ? Installer une sécurité affective tout en encourageant l’autonomie. Les débuts peuvent être chaotiques, mais la cohérence et la patience font la différence. Chaque enfant avance à son rythme ; le plus sage reste d’accompagner sans forcer, en fixant des repères clairs.
Sommeil partagé et différences culturelles : une question de perspective
Impossible d’aborder le sujet sans évoquer les choix culturels. En Occident, le cododo reste marginal, associé à une volonté d’encourager l’indépendance dès la petite enfance. À l’inverse, en Inde ou dans de nombreux pays asiatiques, partager le lit parental va de soi : c’est un geste d’amour, un ciment familial.
Agnès Pargade, pédopsychiatre et autrice de Pourquoi consulter un pédopsychiatre, le dit clairement dans L’Express : selon le contexte culturel, le cododo n’a pas la même signification psychologique, ni le même impact. Ce qui est perçu comme une étape naturelle d’indépendance ici, peut être vécu comme une rupture brutale ailleurs.
Ce que les spécialistes en pensent
Les avis divergent, parfois franchement. Marie-Josèphe Challamel, spécialiste du sommeil de l’enfant, met en garde contre les risques accrus de SMIN liés au cododo. D’autres experts, eux, mettent en lumière le bénéfice émotionnel et le sentiment de sécurité qu’apporte le partage du lit parental.
- Le cododo favorise l’attachement et la proximité parent-enfant.
- Mais il ne doit jamais occulter les risques spécifiques, en particulier pour les nourrissons.
Agnès Pargade invite chaque famille à ajuster ses choix, en tenant compte de ses valeurs, de son contexte et du tempérament de l’enfant. Pas de règle universelle : c’est la cohérence familiale et la réponse aux besoins de l’enfant qui font la différence.
Le sommeil indépendant ne se décrète pas, il se construit. Entre traditions, recommandations médicales et réalité du quotidien, la trajectoire de chaque enfant reste unique. L’essentiel, c’est d’avancer pas à pas, en confiance, jusqu’à ce que chacun trouve sa juste place dans la nuit.


